CADEAU EMPRISONNÉ

Il faut bien que us et coutumes évoluent. Quoique. Pour preuve, cette habitude du «cadeau en commun» qui s’impose dans les anniversaires. Bien sûr, lorsque la personne célébrée a laissé suffisamment de sous-entendus à son entourage pour lui faire comprendre qu’elle «mourrait pour tel objet», difficile de ne pas lui faire plaisir. Pareil pour les âges clés où il est normal de marquer le coup par quelque chose d’inoubliable mais d’inabordable pour une seule bourse. Sinon, cette nouvelle pratique a un goût déplaisant, compliqué, triste et surtout impersonnel.

Déplaisant car les échanges se font le plus souvent par un seul et même mail regroupant tous les invités et donc des personnes ne se connaissant pas forcément. Il n’empêche. Chacun y va de son idée, de son avis sur les idées, de ses commentaires sur les avis... Et si cela pollue la boîte mail, impossible de le signifier sans passer pour un ingrat.

Compliqué parce qu’il faut faire une collecte. La personne en charge de cette mission se fait toujours avoir par des promesses de dons non honorés qu’il est difficile de réclamer sans passer pour un mesquin. Sans oublier que chaque invité doit révéler ce qu’il compte mettre. Peu importe qu’il soit généreux, en difficulté financière ou connaisse à peine le maître de cérémonie, il sera secrètement jugé de vouloir trop en faire ou pas assez. 

Triste car l’ouverture des cadeaux est transformée en un moment sans surprise puisque tout le monde sait, à part le destinataire, ce que contient le paquet. Même la carte qui l’accompagne est triste. Par pudeur, manque d’inspiration ou de temps, les petits mots font souvent preuve de banalité.

Impersonnel, enfin, car il annule toutes marques d’affection que chacun aurait pu témoigner en son propre nom à travers un petit objet chiné pour l’occasion. Il empêche tout message individuel, tire un trait sur les achats «clin d’œil», complices… Bref, il signe l’arrêt de cet instant où tout le monde rit, sourit, laisse couler sa larme. 

Bien sûr, il existe la solution de faire un achat à part. Mais c’est prendre le risque d’apparaître pour quelqu’un qui cherche à se mettre en avant ou s’exclure du groupe. Sale cadeau en retour.

Bianca Alberti