SUSPENDUS À UN GESTE

On en parle déjà beaucoup. Et pour cause, l'idée est tellement simple et belle qu'on a envie de la crier sur tous les toits : le café «suspendu» ou «en attente», qui se décline à présent dans les boulangeries sous forme de baguette ou de sandwich.
Petit rappel de faits : tout a démarré à Naples avec le «caffè sospeso». Les clients règlent deux cafés : un pour eux et un en attente, pour un inconnu dans le besoin qui pousserait la porte du café un peu plus tard. Aujourd'hui, cet élan de solidarité s'étend, adressé non seulement aux sans-domicile-fixe, mais aussi aux étudiants, chômeurs, familles en difficulté… On parle déjà d'aller plus loin avec, notamment, l'accès à la culture : les «livres en attente» sont nés, et on salue le détournement du phénomène.

Sans se projeter aussi loin, n'hésitons pas à prendre les devants. Faisons de cette initiative une expression du quotidien. Proposons à notre épicier de quartier de mettre un paquet de biscuits de côté lors de notre passage en caisse. Au marché, qu'il serait sympathique de dire à son primeur «tu me mets un kilo de golden avec une pomme suspendue, s'il te plait!»
En effet, cette façon de donner et recevoir est exceptionnelle. Car tout est dans le partage. La générosité est teintée de spontanéité. Je sais ce que je donne : des petits riens qui font du bien. Je veux partager mon café, mon sandwich. Et même si on se doute que d'aller chez les commerçants demander un suspendu n'est pas chose aisée, franchir la porte est peut-être un espoir de convivialité et socialisation. 

Bien entendu, les critiques fusent déjà, qualifiant d'opportunistes les commerces qui s'y mettent (pointant du doigt un bon coup de pub à moindre frais), ou encore déclarant que cette initiative est tout à fait incompatible avec la mentalité française! Au placard les mauvaises langues, car si on voit le mal partout, alors gardons le mal partout. On se permettra même de leur rétorquer de laisser ce genre de réflexions… en suspens.

Chloé Danglard