LA PROBLÉMATIQUE EST CONFUSANTE

«Non, mais allo ! Elle psychote d’être prise pour une Cougar? Trop chelou… Elle devrait googliser Demi Moore, lol !» Si cette phrase n’a pas beaucoup de sens pour certains, elle est évidente pour d’autres.

Comme dans beaucoup d’univers, les mots ont leurs tendances. Et c’est souvent l’apanage des jeunes générations de les imaginer. Si parfois, cela peut exaspérer, c’est aussi un petit vent frais amusant ou pertinent qui peut sonner aux oreilles. Évolution normale du langage.
Ce qui l’est moins : cette manie de prendre un mot pour un autre ou d’en inventer qui ne suscite absolument aucun affect, comme si le seul objectif était de rendre clinique même le plus simple des propos.

En tête de liste, «confusant» pour signifier une chose qui «pourrait apporter de la confusion». Pas encore accepté dans les dictionnaires, ce mot, inspiré de son voisin anglais «confusing», vient de la communication, quand les marketeux se demandent si tel message ne pourrait pas créer le doute dans la tête du consommateur. Il est technique. Mais voilà, on nous sort désormais du «confusant» à toutes les sauces. Aux oubliettes notre «confus» plus direct, plus noble. Aux oubliettes nos «troublant» ou «perturbant» qui pourraient servir de synonymes en ajoutant un degré de ressenti. 

Dans le même genre : «problématique» à la place de «problème». Quand la première évoque un ensemble de questions autour d’un sujet, le deuxième signifie bien «souci». Inutile d’utiliser la première, plus scientifique, voire pompeuse, dans l’espoir que cela minimisera le second, bien réel. Diriez-vous à quelqu’un qui vous regarde de travers : «Il y a une problématique ?». 
Autre exemple criant : «émotionnel». Comme tout est «émotionnel» en ce moment ! D’un film à une actualité, à une analyse psychologique… Si le terme est approprié dans le dernier cas, il est une tristesse pour le premier. Un film émotionnel… Mais qu’est-ce donc ? Un film qui suscite de l’émotion ? Ne serait-il pas plus juste et humain de dire «un film émouvant» ? N’y a-t-il pas d’un seul coup plus de sensations ?

Arrêtons de rendre les choses moins profondes et personnelles avec ces mots qui se veulent sérieux et objectifs. Ça ne nous rend pas plus intelligent. Pire, ça nous rend chiant.

Virginie Achard