BEAUX-BEAUX

Au restaurant Georges, à Paris, les serveurs sont accusés de placer les clients dotés d'un physique avantageux aux tables les mieux exposées et de reléguer les autres au fond de la salle. Ce qui a fini par susciter une polémique autour de ce critère du beau. Peut-il l’être ouvertement ?
Les séances «à l'aveugle» de la prochaine saison de «The Voice», en cours d’enregistrement, avec les jurés tournant le dos aux candidats afin de ne pas être influencé par leur apparence, seraient une façon de répondre à la question, au moment où, en effet, cette injustice esthétique qui a toujours existé se durcit.

Être beau ouvre bien des portes aujourd'hui. Pas seulement dans les restaurants mais dans les entreprises, les médias. «Avoir un physique agréable vaut des années d'études» affirme même le sociologue Jean-François Amedieu.
Et les moins agréables ? Recalés ?

On se demande comment, dans un tel contexte, des Serge Gainsbourg, Eddy Mitchell ou Djamel Debbouze auraient eu le temps d'imposer leur charisme, leur talent, leur intelligence, leur humour.
Cette tendance, selon le même sociologue, n’est pas sans rapport avec l'importance que l'image a prise un peu partout.
Mais cette tendance affirmée commence à être dénoncée, à choquer. Au même titre que la ségrégation raciale, cette ségrégation-là ne semble plus inéluctable.

«La gueule de l'emploi», c'était une chose. «L'emploi de la gueule», c'en est une autre.

Maurice Achard