LE DICO QUI DÉCONNE

Comme chaque année, depuis onze ans, les éditions Fleurus ont sorti pour Noël «Le Dico des Filles», adressé aux adolescentes de 12 à 16 ans. Avec sa couverture pailletée, il est devenu LA référence. Forcément. À un âge où l’on préfère éviter d’aborder les grandes questions avec ses parents, il est comme un cadeau tombé du ciel –sans allusion perfide sur l’origine catholique de la maison d’édition. Pourquoi pas ? En fait, ce sera «pas».

Dans cette bible, tout est abordé : l’amitié, l’acné, le rouge à lèvres, le shit, la sexualité… La plupart des conseils ou analyses prodigués ont été revus et sont largement moins rétrogrades que dans les versions précédentes. Et s’ils ne sont pas sortis de leur contexte, ils sont même plutôt bien amenés. 

Cependant, certaines idées de bonne conduite insidieusement moralisatrices sont livrées subrepticement au fil des pages. Plus dangereux. Par exemple, il y a des «devoirs à l’égard de votre amie (…) ne pas mettre en doute sa parole (…) ne pas la condamner même quand elle a tort». Ce qui n’empêche pas de lire ailleurs «les copines ne vous veulent pas forcément du bien». Il y a les affirmations qui font bondir, comme sur l’avortement : «les grandes familles religieuses ont leur mot à dire dans cette affaire (ndlr : Ah bon ?), parce que c’est leur rôle (ndlr : Ah bon?) d’énoncer des principes destinés à guider l’action humaine.» Quant à l’homosexualité, l’hygiène, le mariage… Autant de sujets clés, de clichés et de discours à double tranchant.

Ces contenus ambigus enflamment évidemment la presse et Internet. Mais ce sont les conséquences graves de ces propos dans la vie des jeunes filles que l’on devrait pointer. Comme faire naître des complexes quand une adolescente de 12 ans ne peut suivre des conseils de beauté parfois exagérés… Faire naître un malaise avec une copine en remplaçant l’innocence par la culpabilité ou la méfiance... Faire naître un repli sur soi à force de donner trop d’informations et créer plus de doutes que de réponses dans un esprit encore jeune…  En sachant qu’entre 12 ans et 16 ans, on ne lit pas les choses de la même manière. Ni ne les interprète. 

On se demande comment un tel livre, distribué dans toutes les grandes surfaces, peut encore trouver sa place en rayon. Allo Maman bobo... 

Chloé Danglard