TRÈS BÛCHE !

Facile à comprendre la tradition qui associe le dessert de Noël à la bûche utilisée dans les cheminées à cette saison. Cet entremets symbolise une coutume très répandue en Europe et qui accorde de l’importance à la durée de la combustion. Car la bûche consacrée à Noël devait jadis se consumer très lentement : durant au moins trois jours, sinon durant douze nuits – correspondant aux douze jours de la différence entre le calendrier lunaire et le calendrier solaire.

Cette bûche énorme (souvent une souche) était choisie par le maître de maison, de préférence parmi les troncs d’arbres fruitiers pour lesquels il espérait une bonne récolte. Ensuite se pratiquait tout un rituel de bénédiction avant de la brûler. La bûche pouvait être décorée de rubans et dentelles – d’où les fioritures ajoutées pour la présentation du dessert. Puis elle était arrosée d’eau bénite, ou de vin, pour de bonnes vendanges, ou d’huile ou de miel, pour obtenir la bienveillance divine.
Après cette préparation, elle était allumée par le plus jeune ou au contraire un aïeul, soit avec un brandon rapporté de l’église, soit avec un rameau de buis ou d’olivier conservé depuis Pâques. Les flammes et le crépitement, de même que la fumée, offraient des signes propices à la divination concernant l’année à venir : y aura-t-il la guerre ou la paix, l’abondance ou la famine, le bonheur ou le malheur, etc. 

Autre bénéfice magique de cette bûche : ses qualités médicinales ! Les tisons peuvent cautériser certaines plaies ou blessures, tandis que les charbons ont des vertus protectrices et guérissaient les brûlures. Quant aux cendres : répandues sur les champs, elles assainissent la terre en détruisant les parasites nuisibles, et dispersées autour de la maison, elles éloignent les mauvais esprits (ce qui expliquerait peut-être les lutins malicieux plantés sur le gâteau).

De nos jours, on a oublié le sens de cette cérémonie mais gardé le plaisir savoureux du mets sucré. La nouvelle «tradition» serait de se chamailler en famille pour choisir entre la bûche pâtissière et la bûche glacée. Sachant que la pâtissière est une génoise roulée (pour rappeler les cercles d’un tronc d’arbre) et garnie de crème diversement parfumée ou alcoolisée. Le comble de notre monde à l’envers étant la bûche glacée ! Le contraire d’allumer le feu !

Elido