ÇA SENT BON L’OSEILLE !

S’il y a bien une chose qui fait envie, c’est celle là. Surtout en ce moment où il est de plus en plus difficile d’en avoir. Le problème, c’est que ça ne se dit pas trop, surtout en France. Avouer haut et fort qu’on voudrait gagner plein d’argent, ce n’est pas bien vu… C’est cupide et puis c’est bien connu, l’argent ne fait pas le bonheur. Et patati et patata…

Que de clichés qui créent plus de clivages, de non-dit et de malaises qu’une véritable philosophie du bonheur. Pourquoi ce serait si sale et criminel ? Pourquoi le limiter à une nécessité et non pas l’accepter comme un plaisir ? On doit se nourrir pour rester en vie. Pourtant, on ne se contente pas du strict minimum chaque jour. Un bon plat, un bon dessert, un carré de chocolat sont autant de petits délices que l’on s’accorde sans culpabiliser, sans avoir honte de le dire. 

Aimer l’argent et en vouloir, ce n’est pas manquer de considération envers ceux qui souffrent pour payer loyer et factures. C’est même plus hypocrite de ne pas en parler sous couvert d’une bienséance qui, parallèlement, n’améliore pas le sort des plus démunis. D’autant plus hypocrite que le sujet est abordé de façon naturelle quand on rêve de gagner au loto. Il devient alors normal de révéler tout ce que l’on ferait, même les grosses folies. Les chances minimes de remporter le gros lot rendraient tout cela plus tolérable ? En attendant, le tabou est tenace. Hors de question de révéler son salaire, le montant de ses achats…  Comme si cela garantissait de rester quelqu’un de bien, de noble. 

Et si c’était le contraire ? Si affirmer «bien vouloir gagner sa vie» était une envie digne, parce qu’elle motive, elle propose une vision de l’existence faite de bien-être, de fastes, de fantaisie. Sans compter qu’être heureux rend souvent généreux. 

Ce qui rend l’argent détestable, ce sont les vaniteux, les parasites, l’avarice. Quand on en fait sa seule préoccupation quitte à se perdre et perdre les autres. Malheureusement, les excès existent partout. Même un bon buffet n’empêche pas les pique-assiettes ou les indigestions. Pour autant, on ne condamne pas tous les gourmets. Du coup, vous reprendrez bien un peu de fric ?

Marie Veyrier