DÉLICIEUSEMENT PERMISSIVE

Elle a marqué, révolutionné, enthousiasmé, décomplexé, allumé les années 80. Tout ça et bien plus encore…

«Chacun fait (c’qu’il lui plait)» de Chagrin d’Amour est une chanson assez glauque. Un homme, victime d’insomnie se noie dans l’alcool et les cigarettes avant de prendre le volant, griller un feu rouge, rentrer dans un bar, en ressortir avec une pute, se payer une partie de jambe en l’air sans arriver à jouir… Tout ça pour que ce soit elle, la prostituée, qui, avec son accent anglais irrésistible, plonge à son tour dans le vide du petit matin et de la solitude. Ça sent le désespoir, les âmes perdues, sur fond d’interrogatoire de flics. Pas vraiment de quoi s’emballer.

Pourtant, cette chanson est jubilatoire ! Sortie en 1981, au moment où les radios libres faisaient leurs premiers pas, elle tombait à point ! Ambiance de la nuit, de l’interdit, de ces lieux que l’on n’ose franchir mais que l’on peut, tout à coup, regarder par le trou de la serrure. Du moins écouter… Expression d’une certaine liberté justement. Et c’est vrai, après tout : chacun fait ce qu’il lui plait !

Artistiquement, ce titre est aussi celui qui symbolise le premier rap en français. Et si on ne savait pas encore vraiment, à l’époque, quel mot mettre sur ce style, il est vrai que la façon de débiter le texte avait quelque chose de tourbillonnant. Pas toujours facile à chanter d’ailleurs, quand on s’y essayait. Les paroles, quand à elles, sont un mélange de sexe, drogue et… poésie ! La fumée, la blonde platine, le lino, les bas nylons se mêlent au matin rose, aux anges pressés et aux volets qui claquent. Sans oublier les deux premières phrases : «5h du mat, j’ai des frissons, je claque des dents et je monte le son» que tout le monde continue de fredonner – même les jeunes générations qui n’en connaissent pas toujours l’origine, ne serait-ce que pour évoquer entre amis un réveil difficile…

Il aura fallu presque dix ans, trois versions et deux compositeurs – Philippe Bourgoin et Gérard Presgurvic – pour que cette chanson voit le jour. Mais au moins, elle a vu le jour. Vous imaginez un texte pareil aujourd’hui ? À la limite de la légalité. Et ne parlons pas des mouvements qui s’érigent dès qu’on est dans le politiquement incorrect mais délicieusement exutoire… Pour sûr, chacun ne fait plus ce qu’il lui plait. 

M.V.

• (Re)voir le clip officiel, ambiance polar, crime et années 80!