SANS VOIX

Pour émouvoir tout un public ou une seule personne, pour le surprendre et le suspendre quelques minutes hors d’un temps, il y a une chanson. Il y a «Hallelujah» de Leonard Cohen.

Exagéré ? Ce n’est pas ce que disent les 180 à 200 reprises qui en ont été faites depuis 1984, date de son apparition sur l’album Various Position. John Cale ou Jeff Buckley (avec un texte légèrement modifié), Bon Jovi, Bob Dylan, Justin Timberlake, Vanessa Paradis ou M.Pokora, pour ne citer qu’eux et balayer large, ont leur version. Sur un album ou sur scène. C’est simple, cette chanson a été réinterprétée de façons si différentes par des artistes aux univers si opposés qu’il est rare de ne pas trouver celle qui rejoindra sa bibliothèque Itunes. Une jolie corde que les films, émissions et séries télé n’hésitent d’ailleurs pas à tirer. Shrek compris. D’un seul coup, c’est moins magique même si, malgré tout, cela fait son petit effet.

Mais comment une chanson peut-elle toucher autant ? Par ses paroles ? «Hallelujah»  mêle à la fois références religieuses et sexuelles. Allusions bibliques et désillusions sentimentales, selon ce que chacun veut y lire. Pas évident de séduire avec ce genre de registre. Le sexe, oui. La religion, non. Encore plus aujourd’hui qu’hier, sujet de nos plus grands conflits. Alors quoi d’autre ? La mélodie ? Plutôt les gammes. Celles que doivent réussir chaque artiste pour nous transpercer. Et l’exercice ne se situe pas dans les graves ou les aigus mais dans les hauts et les bas. Dans ces moments qui se murmurent presque, ceux qui semblent se révolter, ceux qui «s’incantent», ceux qui se pleurent, ceux qui se soufflent et ceux qui se clament. «Hallelujah» ne se récite pas, «Hallelujah» se vit. Pour cela, chaque artiste pose sa voix différemment, revoit ses arrangements, revisite les accords. «Hallelujah» est une confidence, un instant d’intimité durant lequel son interprète tend un bouquet de sentiments. Et que ce soit la peine ou la douceur, il y a toujours ces quelques secondes où l’on reçoit cette intensité. «Hallelujah», le mot, n’est plus une acclamation catholique. Il est un appel à partager une émotion. Il sonne comme un rassemblement. Finalement, c’est ce point qui reste le plus étonnant et le plus emportant. Avant d’être le plus important. 

M.V.


Quelques vidéos pour découvrir différentes versions :

- Leonard Cohen et son interprétation en 2009
- Jeff Buckley et une version sublime
- Vanessa Paradis et sa version accoustique tout en douceur