DÉSILLUSION D’OPTIQUE

Faire jouer la concurrence pour augmenter notre pouvoir d'achat, on ne demande que ça, mais pas en portant préjudice à la santé publique. Qu’est-ce que cette mesure, dans le projet de loi sur la consommation dit Loi Hamon, qui va permettre d'acheter des lentilles de contact sans ordonnance*? 

Ne soyons pas dupes. L’histoire a commencé en 2008, quand la commission européenne a tapé sur les doigts de la France qui, par sa législation, rendait difficile, voire impossible, la vente en ligne de lunettes ou lentilles. Rien à voir avec notre porte-monnaie. Plutôt avec celui des marchés étrangers. Aujourd’hui, cela est devenu possible mais à certaines conditions, notamment celle de posséder une ordonnance valide.

Mais voilà. Bientôt, plus besoin! Sur le papier, cela semble une très bonne idée pour faire chuter les prix d'optique-lunetterie en France, parmi les plus chers d'Europe. Mais ce manque d'encadrement s'accompagne d'effets secondaires qui affolent la majorité du corps médical. Et pour cause! Chacun va pouvoir y aller de sa petite commande de lentilles en se fiant à l'ordonnance de ses lunettes qui, elle, doit être renouvelée au moins tous les trois ans. Sauf qu’une myopie ou un astigmatisme ne se soignent pas avec les mêmes données. Et une différence de puissance ou de degré d’angle peut avoir des conséquences qui dépassent le simple mal au crâne. Les migraines ne sont rien face aux autres complications comme l'ulcère cornéen, la détection tardive d'un glaucome, d’une hypertension artérielle ou d’un syndrome d’apnée du sommeil…

La santé visuelle en France est actuellement bien meilleure que dans d'autres pays européens (d’autant plus navrant de casser un parcours médical qui fonctionne). À un moment où les lentilles ne sont plus seulement un correcteur mais aussi un moyen de soigner certaines pathologies, notamment chez les enfants, il serait préjudiciable d’en faire la cause de dommages irréversibles. Quel retour en arrière… Et dire que, parallèlement, les États-Unis ont fini par réintégrer l’ordonnance pour la vente des lentilles sur Internet. Mais peut-être qu’Hamon n’est pas au courant ? À moins que ce ne soit un moyen de rendre plus floue ou déformer la situation économique et sociale ? 

Virginie Achard

* À l’étude: après une première délivrance par un médecin. Loi votée par l'Assemblée Nationale, amendée par le Sénat, elle a de fortes chances d'être adoptée et d’entrer en vigueur.