ON PEUT EN RIRE!

Quand on parle de santé, impossible de passer à côté du «Malade imaginaire» de Molière. Non seulement pour le thème mais aussi pour le plaisir. Parce que Molière nous offre toujours l’essentiel : de la farce, des personnages caricaturaux –ici, un hypocondriaque–, des répliques bien ajustées, des situations bien révélatrices du genre humain ! 

Cette pièce est avant tout une piqûre de rappel de ce qu’a dû être la médecine pour en arriver là. En 1673, date de la première représentation, les médecins ont tout pouvoir. Par l’autorité qu’on leur prête et admire tout en la craignant, par leurs pratiques qui, elles, font vraiment peur mais qu’on n’ose remettre en question… D’ailleurs le roi Louis XIV n’a-t-il pas lui-même soixante-dix-neuf médecins à son service ? Cela expliquerait-il sa longévité sans pareil pour l’époque (77 ans)? Alors on laisse faire les saignées et autres interventions qui, si elles ont été les prémices  permettant de découvrir le corps humain et le guérir, créent plus de dégâts que de soins. Et Molière, confronté de plein fouet à cette réalité, dénonce cette omnipotence pour ne pas dire escroquerie. En témoigne cette scène où le médecin menace Argan, l’hypocondriaque, de passer de la bradypepsie à la dyspepsie à l’apepsie à la lienterie à la dyssenterie à l’hydropisie à la mort ! Unique. 

On ne peut que se réjouir de ce que la médecine est devenue aujourd’hui ! Il suffit de voir toutes les séries comme Urgences, Grey’s Anatomie ou Dr House pour comprendre à quel point les médecins sont devenus désormais nos héros.
En revanche, la nature humaine n’a pas tellement évolué. Les sujets de prédilection de Molière, comme l’amour ou l’argent que l’on retrouve dans cette pièce, continuent de faire tourner le monde avec les mêmes travers, à savoir l’envie, la cupidité, la prétention, la bêtise… De ceux qui nous rendent bourreaux ou victimes. Et c’est toujours avec une certaine modernité dans le rythme et dans la plume que Molière nous invite à en tirer une leçon. Mieux, pour faire passer le message, il sait nous faire rire en nous donnant l’impression que l’imbécile c’est l’autre. Une subtilité loin du sarcasme ambiant de certains comiques actuels. Un génie !

Bianca Alberti