SAGA...CITÉ!

A priori, rien ne les prédestinait à se retrouver dans une même pièce et se fréquenter. Rien ne les prédestinait à faire connaissance et s’apprécier. Rien ne les prédestinait, si ce n’est une carrière de scénariste ou d’écrivain au point mort, pour ne pas dire «ratée»!

Ils sont quatre et viennent de mondes totalement différents. Il y a Marco, le narrateur, scénariste qui n’a encore jamais vraiment produit une œuvre significative mais qui serait prêt à se solder pour avoir un boulot. Il y a Louis, un homme qui a certes connu son heure de gloire à Cinecittà, mais qui, pour l’heure, est plutôt un has been. Il y a la jolie Mathilde qui n’écrit que des romans à l’eau rose, pas très glorieux. Enfin, il y a Jérôme, qui ressemble plus à un SDF qu’à un conquérant…

Ils forment donc le casting parfait pour écrire, sans faire trop de vagues ni avoir trop de prétentions, une série du genre sitcom dont le seul objectif est de remplir les quotas de programmes français à la télé. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu. Mais alors vraiment rien !
Ces quatre losers savent qu’ils sont dans un même bateau pour ne pas dire galère. Alors ils évitent les jugements de valeur. Ils font preuve de courtoisie pour s’apprivoiser et développer de réelles affinités. Ils vont mettre en commun leurs univers, leurs passions, leur sensibilité pour «ne faire qu’un» et offrir une Saga qui va les emmener, nous emmener, bien au-delà de tous les imaginaires… excepté celui de l’auteur, l’incroyable et talentueux Tonino Benacquista. 

C’est un roman qui fait un bien fou. Un roman qui raconte le pouvoir énorme de la fiction. C’est intelligent et drôle. L’écriture, à la fois crue et poétique, fine et sans fioriture, nous donne l’impression d’écouter un ami nous raconter une sacrée aventure… Et c’est le point le plus troublant. Publié en 1997, ce roman, inspiré par la mésaventure du feuilleton «Voisin Voisine», est encore criant de vérité sur les dessous de la télé, les enjeux, les entourloupes. On passe son temps à «se marrer» tellement cela semble très crédible. Alors on ne le lâche pas et on est triste quand ça s’arrête. Si seulement, Tonino Benacquista avait pu en faire une Saga.

M.V.