PROBLÈME D’APESANTEUR

8h30. En retard pour le travail, vous appuyez désespérément sur le bouton d’appel de l’ascenseur. Trois minutes que la cabine est coincée au 7ème… Quand elle s’arrête à votre niveau, le nouvel amant de votre voisine est déjà à l’intérieur. Mais bien sûr. Encore une qui pense qu’elle peut monopoliser l’appareil pour un dernier bisou… Vous entrez, la porte se referme rendant le silence anormal. Bizarre d’être mal à l’aise de ne rien dire ! Mais vous ne forcerez rien avec cet inconnu. Vous gardez cet exercice pour vos voisins. Voisins avec qui vous avez plaisir à bavarder lors d’un apéro, mais avec qui vous échangez toujours des banalités le temps de monter ou descendre quelques étages. Il faut avouer que la fois où vous avez tenté un sujet plus intéressant que la pluie ou le beau temps, votre compère s’est éclipsé dès que la porte s’est ouverte, vous laissant en plein milieu d’une phrase… Était-il pressé ou avait-il peur que cela s’éternise? Depuis, vous êtes en plein doute, ne sachant plus quelle attitude adopter la prochaine fois que vous le croiserez.

Tout à ces pensées, vous arrivez enfin à votre bureau. Heureusement pour vous, vous n’êtes pas le seul à avoir des soucis de ponctualité. Malheureusement pour vous, chacun cherche à regagner du temps. Et voilà donc le troupeau de dix personnes se faxant dans la cabine conçue pour n’en accueillir que sept. Les plus malins vous diront que c’est «le poids maximum autorisé» qu’il faut regarder… Mais chacun d’avouer ses kilos ? Vous pouvez toujours refuser d’entrer pour éviter la panne due à la surcharge, mais vous avez mis trop de temps à vous décider. Il aurait fallu jouer la carte de «l’exercice physique» dès le départ. Votre seconde d’incertitude pourrait être prise pour du dédain…

La journée est finalement passée, il faut rentrer. Et là, c’est l’ascenseur de votre immeuble qui est en panne. Quelle plaie ! C'est alors que M. Forgeois apparaît. Celui-là même qui vous avait laissé en plan l’autre jour… «Au fait, vous me disiez quoi la dernière fois ? J’ai dû filer mais c’était intéressant…». Vous voilà rassuré. Jusqu’au moment où vous réalisez qu’y va falloir parler tout en grimpant les cinq étages. Prêt pour un remake d’«À bout de souffle» ?

B.A.