COMBAT DE RUE

Rue de Rivoli, Paris, 14h. Une femme, dans ses pensées, marche d'un pas décidé. En face, un homme avance en la regardant. Ils se rapprochent. Elle, polie, fait un pas sur la droite afin de le laisser passer. Cela sonne comme le début d'une belle histoire. Mais l'homme ne la complimentera pas sur sa beauté naturelle, l'homme ne la regardera pas s'éloigner avec regret, il n'essaiera pas non plus d'égayer simplement sa journée par quelque belle formule de son cru. Non, l'homme va la frapper en plein ventre. C'est elle qui, à genoux, la respiration coupée, muette, paralysée, le regardera s'éloigner d'un pas tranquille. Est-ce qu'il la connaît ? Absolument pas. Est-ce qu'il a une raison ? Comment pourrait-on en avoir une ?

Est-ce que tout ceci a un sens ? En chercher un mènerait tout droit à la folie. La rue est pourtant un lieu commun à tous, où chacun va et vient librement. Elle est de temps en temps un lieu de contacts, de rencontres imprévues, de jolis échanges. Elle reste certes davantage un lieu de passage, de transition, où chaque individu se déplace d'un point A à un point B, restant dans sa bulle – au choix : téléphone, musique, réseaux sociaux, etc.
Il faut bien regarder la vérité en face : la rue est devenue étrange. Le contact non désiré, violent, a pris la place de l'absence de contact, déjà fort regrettable. 

Alors, c'est la loi du plus fort. On entend même parler de «jungle urbaine». Et ce n'est pas seulement pour cette sensation de foule et d'incroyable diversité, mais bel et bien pour le comportement des protagonistes, devenu bestial.
Et, la haine appelant la haine, cette femme, qui croyait pourtant si fort aux belles surprises, aux hasards que peut nous offrir la rue, ne regardera plus jamais de la même façon les hommes qui croiseront sa route, et encore moins ceux qui arriveront en face d'elle.

Chloé Danglard