DESSINE MOI UNE FEMME

Ado, j’étais plutôt casanier et ça m’allait bien. Ça me permettait de rester des heures dans ma chambre à lire et relire les histoires de «Tank Girl». J’avais découvert cette BD dans le magazine Gotham dont ma mère avait quelques exemplaires.

Tank Girl est peut-être la fille la plus déjantée qu’il m’a été donné de «rencontrer» jusqu’à présent ! Vulgaire à souhait, un look pas possible, l’injure sans arrêt au coin de la bouche… Elle se balade en tank dans le désert australien, accompagnée de son copain kangourou. J’étais fasciné par cette fille qui était tout l’inverse de moi. Je suis plutôt discret, j’aime quand les gens sont polis entre eux et se respectent. Mais elle… Un exutoire peut-être ? En tout cas, je vivais par procuration tout ce qu’une bonne crise d’ado m’aurait inspiré. Sans frustration ! Elle et moi étions très différents, pourtant, nous étions «proches». Oui, il y avait une sorte d’admiration. Mais pas d’envie, ni d’amour… 

Sur mon lit, je décortiquais l’histoire et ses intrigues parfois alambiquées comme les dessins qui étaient très riches. Ça débordait de partout ! J’adorais découvrir de nouveaux détails… Jusqu’au moment où j’ai découvert un tatouage…  Il n’apparaissait pas tout le temps car les auteurs se donnaient cette liberté de ne pas être constants. Pas toujours au même endroit non plus. Parfois au niveau de l’omoplate, parfois sur le bras.
Ce tatouage, c’était comme le signe d’un état d’esprit. Celui de cette «Tank Girl», de la BD, du style graphique… J’avais 14 ans. Je l’ai reproduit sur une feuille… J’ai longtemps hésité. Mais à 19 ans, j’ai passé le pas ! Je me suis fait tatouer, le même sur l’avant-bras. Pas par idéologie, mais pour ce que cette BD représentait pour moi.

Une façon de ne pas oublier ces moments de bonheur passés à déchiffrer ces histoires… Mais comment je pourrais oublier ! J’ai acheté l’œuvre intégrale il y a quelques années. Je savoure tout ça avec la même passion. Mieux, cette édition est annotée et explique pas mal de références musicales et culturelles de l’auteur. Ça me permet de découvrir d’autres artistes… Au fait, je suis devenu graphiste.

Bianca Alberti d'après le témoignage de Colin J.