SONGES D'UNE NUIT

«Fais de beaux rêves» dit-on aux personnes qui vont se coucher. Pourquoi «beaux» ? Parce que les moches s’appellent des cauchemars, ce qu’il est difficile de souhaiter. Quant aux rêves «tout court», sans adjectif pour les qualifier, ils ne sont pas toujours mieux. En réalité, ils peuvent tout gâcher. Mettre l’esprit et la tête du pied gauche. Un peu étrange comme image mais totalement fidèle à ces matins où l’on se réveille en étant encore plus épuisé que la veille. Pourquoi ? On nous dit que le conscient libère ce qu’il a enregistré ces derniers jours en même temps l’inconscient libère ce qu’il a emmagasiné ces dernières années. Rien que de l’écrire, on est fatigué. 

Ce qui donne des histoires à dormir debout. Des rébus dont les dessins ne sont pas faciles à déchiffrer. Cela donne des intrigues qui ressemblent à des labyrinthes. Sauf qu’il n’y a pas de sorties, juste des allées avec chacune leur aventure. Tout s’enchaîne sans forcément de sens. Malgré tout, on cherche à en donner. Et voilà que l’esprit travaille alors qu’il est censé dormir. Non seulement, il construit le scénario rocambolesque mais en plus, il essaie de le comprendre. Éreintant. 

D’un seul coup, la logique finit tout de même par reprendre le dessus. C’est l’œil qui s’ouvre en pleine nuit. Entre deux mondes. Faut-il reprendre là où on en était pour essayer d’y voir clair ? Ou faut-il balayer tout ça d’un battement de cils pour passer à autre chose ? Passer à autre chose…

Malheureusement, ce n’est pas vous qui décidez. C’est reparti pour un nouvel imbroglio car votre conscient/inconscient n’en avait pas fini. Mais cette fois, une variante vient s’en mêler pour encore plus vous emmêler : les bruits extérieurs. Chant d’oiseau, marteau piqueur, téléphone… Même la sonnerie du réveil peut s’inviter! Ils s’intègrent au tableau et la dernière scène devient un feu d’artifice d’incohérence. De quoi être heureux de revenir à sa vraie vie. De quoi être heureux de sa vraie vie. Etre heureux de sa vraie vie ? Le rêve!

B.A.