JE DE RÔLES

Deux  célèbres comédiens publient, au même moment, chacun de son côté, un nouveau livre.
Philippe Torreton évoque sa grand-mère dans «Mémé».
Francis Huster s'intéresse, dans «Family killer», à Xavier Dupont de Ligonnès, figure centrale du fait divers que l'on sait.

Et l'on ne peut s'empêcher de s'interroger sur les raisons qui les amènent ainsi, de temps en temps, à privilégier le métier d’écrivain alors qu'ils excellent dans le leur.
Philippe Torreton aurait pu, tout aussi bien, nous parler de la maison de sa grand-mère sur scène, comme le fait si bien Philippe Caubère, quand il raconte sa vie, sa famille, seul sur les planches.
Et Francis Huster, qui s’essaie au polar, aurait très bien pu s'inspirer de l’affaire Ligonnès pour la transformer en tragédie éternelle, version  XXIe siècle.

C'est vrai, après tout, pourquoi ni l'un ni l'autre n'ont préféré écrire une pièce? Le roman policier d’Huster est essentiellement composé de dialogues…
Le théâtre ne leur suffirait-il pas?
Ne serait-il pas un art complet, avec sa rhétorique bien à lui? 

L'écriture… Celle qui se lit et ne se dit pas. C'est elle qui est peut-être l'explication. Un besoin irrésistible. 
Le besoin aussi de ne plus être un personnage que l'on incarne devant le public mais de donner du corps, en silence, à un personnage que l'on a en soi, pour diverses raisons. Avec ses propres mots.
Quitte à «plancher» dur sur la page. 

Maurice Achard