CHUTES LIBRES

Le ski, c'est sympa, ça sent la raclette, le feu de cheminée, les vacances, et ça, on aime. Mais on a mystérieusement tendance à oublier le véritable enfer que c’est le plus souvent. Certainement une amnésie collective pour qu'on y retourne chaque année. Surtout au ski de fond.

D'abord, au moment de louer le matériel, le vendeur nous pose LA question fatidique : quel poids faites-vous ? Docilement, on répond d’une voix plus ou moins intelligible, qu'on ne sait pas vraiment, en donnant une fourchette parfois trop large. Malheur ! Une fois arrivé sur les pistes, tout de bonne volonté vêtu (et d'une combinaison bien entendu, mais on y reviendra), si on a sous estimé son poids (aïe), nos skis agrippent beaucoup trop la neige. Pour peu qu'elle soit fraîche, on est rendu pour donner du bâton, même en pleine descente (vos biceps vous remercieront). Si on l'a surestimé, alors on glisse beaucoup, beaucoup trop, et on se prend les gamelles de sa vie (et les skieurs de devant). Ce que les «copains», ne manquent pas d'immortaliser.

Les pistes de ski de fond étant interminables, une pause s'impose forcément dans la journée. Essoufflé, courbaturé, mort de faim, on dégaine fièrement son sandwich, qui risque d'être aussi aplati que ses forces. Même pas un vin chaud pour se consoler avant de repartir, c’est dur ! 

Puis vient l'heure de l'arrêt pipi. Une fois sorti de sa cachette après avoir perdu du temps à se débattre avec sa combinaison, on réalise que les potes (note : penser à en changer) n'ont pas attendu. Seulement, on arrive à un carrefour, et il neige tellement qu'on ne voit plus rien. Bref, on est perdu. On commence à se faire le serment de ne plus JAMAIS, même sous la torture, re-skier un jour. Si on s'en sort.

C'est au moment où, se laissant tomber, on tourne la tête et on aperçoit, émerveillé, de minuscules traces de lapin, juste là, dans la neige. La beauté de la nature, la pureté de ce blanc immaculé, et surtout le silence, nous électrisent. Voilà pourquoi on fait tout ça.
Alors on se relève, plus battant que jamais, pour reprendre sa route, le sourire aux lèvres.

Chloé Danglard