HABILLÉES POUR L'HIVER

À l’origine, ce n’était que les paroles d’une chanson de Hugues Auffray. Puis, c’est devenu un adage : «Les filles sont jolies dès que le printemps revient». Dommage, nous allons entrer dans l’hiver. Cela veut-il dire que la gente féminine n’aura rien de charmant durant les prochains mois? Il faut reconnaître que les doudounes ou bottes épaisses ne sont pas flatteuses. Heureusement, il reste une catégorie de femmes capables de garder de l’allure en toute circonstance. Qualifiées de «Fashion Victimes», elles nous amusent par leurs looks extrêmes et sont souvent l’objet de nos moqueries pour leur obsession stylistique considérée comme futile. Soit. Pas toujours faux. Mais tout de même très catégorique et sans appel. 

Car à bien y regarder, et principalement les mois les plus tristes, cela n’est pas déplaisant. Cela met de la surprise, de la couleur, de l’audace et du plaisir. L’air de rien, ces femmes nous rappellent que nous ne sommes pas obligés d’hiberner. Première leçon. Et si l’on se demande comment elles font pour ne pas grelotter sous leur adorable petite veste, peut-être cachent-elles un mini Thermolactyl en dentelle que, dans nos imaginations gelées, nous n’avons pas été capables de trouver. Elles symbolisent par ailleurs une élégance considérée comme une vraie particularité française. Et l’on parle bien ici d’élégance, pas de mode. Tout est là. Elles ne vont pas –ou pas trop–, comme nos voisines anglo-saxonnes ou américaines, pousser le vice jusqu’à porter des nu-pieds sous la pluie ou le froid pour aller en soirée. Elles savent doser les effets. Si Paris n’est plus seule capitale de la mode face à Milan, New-York ou Londres, elle reste celle du goût juste. «La mode se démode, le style jamais» disait Coco Chanel.
Nos Fashion Victimes participent donc toute l’année à l’un de nos mythes culturels. Pas rien. Deuxième leçon. Doivent-elles rester par conséquent les proies de nos regards ironiques et railleurs ? Nos regards si français... Elles nous pousseraient alors à améliorer une façon de vivre. Si l'hiver, on ne sait pas comment porter de jolie veste, on va peut-être savoir comment en prendre une. Dernière leçon ?

Marie Veyrier