COLLÉ !

C’était tout à la fois. Un signe d’appartenance et en même temps, un signe de différence. Un accessoire de mode et en même temps un accessoire unique. Ça faisait rêver et voyager. C’était la magie du sticker.

Tout a commencé quand j’ai eu mon BMX. La marque offrait des autocollants pour personnaliser le bicross. Comme un cadeau supplémentaire. Ensuite, ça n’a pas arrêté. Dès qu’on achetait une pièce du fabricant ou d’un concurrent pour customiser son vélo, on repartait avec de nouveaux stickers. Même chose avec la planche de skate, les paires de baskets… Ils avaient tous un design qui ne pouvait que flatter nos yeux et notre ego. Ils racontaient qui nous étions, nos passions, notre style. Ils nous donnaient une identité à part, graal de tous les adolescents. Mais plus que tout, ces stickers venaient de loin. C’était cela qui m’attirait. Pour la plupart, ils sentaient la Californie, ils avaient le goût de la terre promise, à savoir le soleil et la culture pop ! Ils avaient traversé l’Atlantique pour se retrouver sur mon casque ou mes cahiers. Cela représentait beaucoup de choses. Je les choisissais avec attention, attiré par ceux diffusés à peu d’exemplaires mais aussi par ceux dont les formes, les couleurs et le graphisme avaient une vraie singularité.

Je me souviens d’avoir tout refait avec eux : le papier peint de ma chambre, mon bureau, les portes de mes armoires… Jusqu’au moment où les commerçants ont compris l’importance du marché et les ont rendu payants. Moins intéressant mais j’étais piqué par l’image. Je me suis donc mis à en créer moi-même. Puis, je me suis dit que je pouvais moi aussi gagner ma vie avec ça. Aujourd’hui, je crée des logos. Est-ce que j’ai toujours la passion de stickers ? Oui, mais pas avec la même fascination. Avec des sites comme ebay, on les trouve plus facilement. Il n’y a plus le même fantasme du pays d’origine. Cela dit, je rêve toujours de la Californie. Mais plus pour y aller, juste pour y vivre. 

B. A. D'après le témoignage de Pierre B.