APESANTEUR

Ça ne dure que quelques minutes. Mais ce sont des minutes d’une telle poésie et d’une telle étrangeté que l’on en reste admiratif. Ces quelques minutes sont l’œuvre de Berndnaut Smilde qui crée de vrais nuages dans des espaces vides et clos. Des sculptures qui se forment et s’échappent sous nos yeux. 
Son premier coup d’essai, Nimbus, date de 2010, dans un laboratoire de tests artistiques à Arnhem aux Pays-Bas. Il l’a réitéré au printemps dernier avec Nimbus II, dans des lieux plus grands et plus «publics» comme une galerie à Hoorn, une chapelle… Comment naissent ces installations éphémères ? Grâce à une combinaison subtile d’humidité, de fumée, d’éclairage et de point de vue, étudiée avec précision par l’artiste. Peu de personnes peuvent assister au spectacle mais ces nuages miniatures ont été immortalisés par différents photographes, rendant ces instants encore plus troublants. Cette performance figure d’ailleurs parmi les meilleures inventions de l’année 2012 pour le magazine Time.

Berndnaut Smilde n’est pas le seul à nous offrir une matière vivante qui apparaît de façon fugace pour nous fasciner par sa légèreté. Encore récemment, Michel Blazy nous captivait avec ses cascades en mousse au Collège des Bernardins. Mais là, il s’agit de nuages. Ces «Barbes à Papa» aériennes dans lesquels on aimerait plonger et rêvasser. Ces cotons du ciel qui évoquent l’infini mais aussi l’impalpable, comme une sérénité inaccessible. Cette fois, ils apparaissent dans une pièce. À la fois réels et oniriques, ils s’invitent «à l’intérieur» pour nous inviter à s’évader.

Même si le désir de Berndnaut Smilde était de créer une situation inquiétante dans un lieu désert, c’est n’est donc pas ce qui a prévalu dans notre esprit en découvrant ces «tableaux». Nous y avons vu une audace qui pousse à dépasser notre vision quotidienne et souvent trop «terre à terre». Comme si tout était possible. Pas gagné actuellement. Merci l’artiste.

Bianca Alberti


Pour en voir et savoir plus : www.berndnaut.nl