HAINE À LA GUEULE

Drôle de conversations entre amis. Il y a comme des sujets tabous dans l’air. Pour cause, les raccourcis faciles cachés derrière la particule «anti». On ne peut plus rien dire. Vous êtes de gauche ? Vous voilà anti-riches. De droite ? Vous voilà anti-aides sociales. Pour Sarkozy ? Vous êtes anti-Hollande. Pour Hollande ? Vous êtes anti-Sarko. Pour le mariage homo? Anti-mariage traditionnel. Contre ? Anti-mariage moderne. Les sujets les plus légers ne sont pas tellement épargnés. Résultat, on évite «d’en parler» de peur de se fâcher avec ses proches, de prendre un aller sans retour avec ses amis et de rompre sans autre forme de procès des relations pourtant sincères et profondes. Cet état des lieux n’est pas exagéré. Après enquête, il concerne nombre de personnes. Dramatique. Comment en sommes-nous arrivés là ? Le verbe «stigmatiser» n’a pas aidé, mettant un terme à toute discussion. Ne stigmatisant rien du tout, il amalgame. Les réseaux sociaux ont aussi leur part. Les tweets permettent certes de poster spontanément ou sous l’effet de la colère une pensée qui nous anime. Mais souvent sans recul ou sans retenue. De liberté d’expression, on passe à défoulement, insulte… Et les hommes ou femmes politiques ne sont pas les derniers à donner l’exemple. 

Nous ne sommes plus des ultra-convaincus mais des ultra-catégoriques. Sauf que dans chaque prise de position, tout ne peut pas être  «tout noir ou tout blanc». Entre les deux, il existe de nombreux gris. Gris foncé, gris souris, gris ardoise, gris argent, gris fer, gris moineau, gris perle, gris saumon, gris sauterelle, gris taupe… Cela suffit pour comprendre qu’il peut y avoir de nombreuses nuances. À apporter ou écouter. Des points de vue à partager pour essayer de comprendre, de convaincre mais aussi pour revoir, modérer ou éprouver ses certitudes. Ce n’est que de cette façon que les esprits évoluent. 

D’autant plus que personne ne se retrouve dans ces discussions qui évitent tout terrain miné. Il ne s’agit plus d’un politiquement correct mais d’un enterrement d’échanges. Alors laissons les grossièretés, les étroitesses et l’intolérance au placard et redevenons ouverts et sincères. Au moins entre amis. Bordel.

Virginie Achard