ORDURES!

Faut-il que ces pigeons qui s’aiment d’amour tendre, comme dirait la Fontaine, nous aiment d’amour passion pour être aussi envahissants ? Entendons-nous bien, nous parlons des pigeons citadins et non pas des pigeons voyageurs qui ont déserté l’armée depuis la fin de la dernière guerre mondiale. Stop à l’invasion des bandes de Columbidae dans les grandes villes où ils deviennent de sales voyous. 

Cela fait des années qu’on cherche à s’en débarrasser. Mais plus on essaie, plus ils résistent. Et plus on s’en écarte, plus ils se rapprochent. Ils ont une capacité d’adaptation hors pair. On les prive de graines ? Peu importe. Ils se transforment en « éboueurs urbains », nettoient les fins de marchés et se précipitent sur nos déchets alimentaires. Aujourd’hui, les pigeons mangent comme nous. On veut leur faire peur ? Ridicule. D’ailleurs quand les enfants s’amusent à les chasser, ils reculent seulement de quelques mètres, restant toujours à la disposition de ce jeu de mômes. De vrais pots de colle ! Ils vont jusqu’à traverser la rue en même temps que nous. Vous êtes sur une terrasse ? Ils iront se poser comme des airbus, juste au-dessus de vous, sur un arbre ou une gouttière, vous faisant craindre le pire. Quant à leur déjection… Petite sculpture molle verdâtre impossible à nettoyer avant qu’elle n’ait séché et pourtant tellement corrosive. Son nom ? Fiente. Même lui est répugnant. Crotte, bouse, crottin, c’est plus sympa. 

Non vraiment, on ne les aime plus beaucoup ces «rats volants». On ne les apprécie que passés à la casserole, particulièrement délicieux dans la pastilla. Bien sûr, on accepte que des petits vieux les appâtent dans les lieux touristiques, c’est joli pour les cartes postales. D’ailleurs on n’imagine pas la place Saint-Marc à Venise ou notre butte Montmartre sans ces chorégraphies aériennes. Dilemme. Sans compter que le pigeon est l’oiseau le plus proche de l’homme. On aurait préféré la blanche colombe, qui a inspiré le génie de Picasso, et reçoit toujours notre admiration, en incarnant l’emblème de la paix… dans le monde.

Bruno Lancelot